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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 09:23
A L'ASSAUT du GRAND RAID !

Le Grand Raid de la Réunion est un des grands MONUMENTS du Trail et notamment de l'ULTRA. Avec ses 170 km et 9900 D+, cette épreuve est considérée pour beaucoup comme l'une, si ce n'est la course la plus dure au monde. 

 

Pour moi, la "Diag" comme on a tendance à l'appeler en Métropole, c'est un rêve de gamin. C'est LA course que je rêvais de faire un jour. C'est LA course qui me donne des frissons rien que d'entendre son nom. Combien de fois j'ai rêvé de fouler son sol, ses sentiers techniques, sa terre volcanique, ... ?

 

La Diagonale des fous est aussi la grande fête du Trail sur une terre "intense" et unique ... de Trail! Traverser son île du Sud au Nord en passant par ses somptueux cirques de Cilaos et Mafate, ça a de quoi faire rêver !!! En tous cas moi, je trouve que ça a du sens. 

 

J'ai attendu longtemps avant de m'aligner sur ce mythe car je voulais être prêt le jour où je m'y présenterais. Je suis toujours parti du principe qu'il fallait respecter les étapes, et son corps. Encaisser un Grand RAID ce n'est pas rien, il faut indéniablement être (très) préparé. L'heure était venue. A partir du moment où j'ai reçu la confirmation de mon inscription, j'y ai pensé tous les jours! Lors de chaque entraînement, chaque matin en me levant, ... je pensais au Grand RAID !

 

Récit d'une épopée magique où le rêve est (enfin) devenu réalité  

A L'ASSAUT du GRAND RAID !

Jeudi 20 octobre - SAINT PIERRE - 22h

 

J'ai la chance d'être positionné par l'organisation dans le sas Elite aux côtés de certains des plus grands noms (actuels) de l'ULTRA et notamment de l'ULTRA WORLD TOUR. Je n'ai sincèrement pas l'habitude de côtoyer tout ce beau monde. Je savoure chaque instant en attendant le départ. J'ai les yeux (grands) ouverts comme un enfant devant son premier jouet ! Je regarde, j'écoute, j'observe, j'apprends!

Crédit photo Gil Victoire

Crédit photo Gil Victoire

Sur la ligne de départ, l'ambiance est à son comble! Je n'ai jamais vu une telle ferveur autour d'un événement TRAIL. Les journalistes radio et TV sont omniprésents, le rendez-vous est Ultra médiatisé. La foule est en délire. Le speaker fait monter la sauce! Le menu créole s'annonce épicé.

Crédit photo Gil Victoire et Philipp Reiter
Crédit photo Gil Victoire et Philipp Reiter

Crédit photo Gil Victoire et Philipp Reiter

A 22h précise, les fous sont lâchés. Etant sur la première ligne, je décide de partir (très) vite pour ne pas me faire écraser par les 2600 raideurs derrière moi. Je me sens, malgré tout, poussé de toute part tel un rouleau compresseur. Ca me fait limite flipper. Quelle désagréable sensation. Ici, pas le droit de tomber sinon tu te fais piétiner! Au bout de 300 mètres, j'arrive à me caler sur la droite de la route et (re)prends un rythme plus raisonnable. Je laisse ainsi tous ces "fous" me doubler comme si nous partions pour un 10 km. Hallucinant! Je me mets immédiatement dans ma bulle, et à partir de là, plus rien (déjà!) ne compte à part moi et mes sensations.

credit photo Philipp Reiter

credit photo Philipp Reiter

Cinq kilomètres de littoral bordés d'un public hurlant. La marée des 2600 raideurs fait pâle figure au milieu de ce monde gesticulant. Mes oreilles sifflent. Il faut le vivre pour y croire! Je suis témoin d'un beau feu d'artifice lancé depuis la plage. La fête est belle.

 

Le calme revient peu à peu. Je suis (très) concentré sur mon sujet mais savoure néanmoins chaque instant. La route s'élève progressivement le long des champs de cannes à sucre en direction de Domaine Vidot. J'y arrive plus vite que prévu, en 1h22' et étonnamment (très) bien. La nuit étoilée est superbe. Les premiers sentiers font leur apparition, puis les ravines techniques. Je cours beaucoup dans les côtes, je sais (déjà) que je suis dans un GRAND jour! 

Vendredi 21 octobre 00h55' - NOTRE DAME DE LA PAIX

 

L'avance augmente sur mes prévisions de manière importante. Je me demande si je ne suis, en fin de compte, pas parti trop vite. Mais non! Toujours aussi concentré, je surveille souvent mes pulsations cardiaques, tout est OK. Ravito aux côtés de Carole. Tout se déroule à merveille. Le froid s'intensifie. Nous grimpons ensuite les alpages en direction de Piton Sec. J'ai l'agréable surprise de (re)trouver Pascal Massou (2EP). On échange brièvement quelques mots, et courons un bout ensemble. Connaissant quelques personnes en commun, c'est un plaisir de papoter sous les étoiles. Je double la vedette réunionnaise Marcelle Puy, visiblement pas au mieux de sa forme. 

crédit photo Philipp Reiter

crédit photo Philipp Reiter

2h22 - PITON SEC

 

Je suis pointé à la 68e place. Mention spéciale à tous ces bénévoles au ravito de Piton Sec. Déguisements, musique disco au taquet, boule à facette, ambiance surréaliste, ... Absolument fantastique! Pas trop le temps de profiter de tout ça, je continue mon bonhomme de chemin. Je repars seul alors que je pensais que les coureurs qui m'accompagnaient jusque là m'emboiteraient le pas. J'aperçois quelques trouées de frontales des coureurs se trouvant un peu plus haut. Ca me donne des bonnes balises. La route continue à s'élever. Un peu de technicité en côte où je cours en continu me prouve l'excellente forme du jour, puis la longue portion de route qui la suit où j'avale le macadam avec facilité pour rattraper quelques coureurs (dont Pascal Blanc blessé à qui je témoigne mon respect et mes encouragements) me le prouve définitivement. 

3h09 - PITON TEXTOR

 

41e km. 52e. Il fait froid. Je ne m'arrête pas. Je découvre une magnifique portion descendante au milieu des alpages en direction de Mare à Boue, technique à souhait. Je manque à trois reprises de tomber tellement le terrain est délicat. Mais aujourd'hui, tout est réuni pour que je reste solidement sur mes deux jambes. Un bon signe. Garder les yeux rivés au sol est impératif. La lune et le ciel étoilé laissent place à un spectacle incroyable et je peux aisément constater la beauté des paysages environnants. Au chalet des Pâtres, je retrouve une nappe de brouillard qui rend l'ambiance digne d'un film de Steven Spielberg. Je rejoins Carole pour un ravito express à Mare à Boue. Sa présence, sa concentration, sa détermination m'impressionnent, ... nous formons une belle équipe. 

4h16' - MARE A BOUE

 

51e km. 48e. Cap vers Kerveguen. Le sentier monte tout régulièrement jusqu'au passage des échelles du coteau maigre, puis plonge rapidement par 6 échelles métalliques vers la forêt Duvernay, soit 1000 mètres de dénivelé positif sur un sentier qui longe un gouffre vertical. C'est (très) technique. Ravines, roches glissantes, racines, rondins, ... malgré ce profil "créole" épicé, je mène un bon rythme et rattrape un coureur italien avec qui je vais quasiment effectuer toute l'ascension. Au sommet, mon compagnon d'aventure semble accuser le coup. Je suis subjugué par le levé du soleil qui offre des couleurs stupéfiantes sur le Piton des neiges. 

crédit photo Philipp Reiter

crédit photo Philipp Reiter

A l'embranchement du GR, je bascule dans la descente technique et périlleuse de Mare à Joseph. 1,8 km, 900 m de dénivelé négatif. Une pente qui m'aspire littéralement dans son antre indomptée. Jamais je n'avais vu ça auparavant. La nature te montre, ici, à quelle point elle a voulu rester maître des lieux et décidée à s'opposer à l'intrusion humaine. Cilaos parait à la fois si bas et si près. Ca vire étroitement dans tous les sens. Une fois à droite, une fois à gauche au milieu des éléments malveillants. Il faut s'agripper, sauter, freiner, chevaucher, relancer. Je fais attention de ne pas lâcher trop de jus à ce jeu captivant. 

 

A  Mare à Joseph, 6h37', je suis pointé à la 39e place. Je descends la Ravine Bras de Benjoin, puis je traverse à gué la ravine pour remonter vers le stade de Cilaos. Je double Freddy Thevenin. Une tape amicale sur la tête. La talentueux réunionnais vient de lourdement chuter. Pour lui, la fête semble finie. Le parcours ne laisse place à aucune pitié. 

7h05' - CILAOS

 

67e km. 36e. J'entre seul dans Cilaos. Je trouve Carole ma fidèle assistante à la sortie du stade. J'en profite pour changer de chaussures et de vêtements. Je délaisse mon bandeau pour la casquette "no style" type saharienne. Me retrouver au sec me fait beaucoup de bien. Je suis calme. Dans quelques minutes, je sais qu'un gros morceau m'attend. Je traverse ce magnifique et typique village montagnard, mondialement connu pour ses thermes et sa culture de lentilles, pour rejoindre le sentier des porteurs, Source Piment, puis Cascade Bras Rouge. En contrebas, je traverse le bassin Foucquet et j'attaque (enfin) la célèbre montée du Taïbit. Je me sens tellement bien! L'endroit est superbe. J'effectue cette première ascension à un bon rythme jusqu'au Pied du Taïbit. Je retrouve Carole avec qui j'échange quelques mots. Une émotion inattendue me gagne. Je réalise que je ne la reverrais qu'après la traversée du cirque de Mafate, c'est-à-dire dans à peu près 9h/10h (si tout va bien). Un regard complice me propulse sur la seconde partie de cette célèbre montée. La chaleur est supportable mais en nette progression. Je relance en courant dès que la pente diminue. L'hélicoptère de Canal Grand Raid tourne au-dessus de moi. Il reste facilement 5 bonnes minutes pour me filmer sous tous les angles. J'imagine que la vue depuis là-haut doit être sympa. Cette année, je ne suis pas derrière mon écran à admirer les raideurs, ... je suis acteur! Le bruit assourdissant des hélices me donne des frissons. On se croirait sur une étape du Tour! Pas de doute, j'y suis! Au col du Taïbit, je bascule et rentre pour de bon dans Mafate. La descente vers Marla se fait au milieu des acacias. D'abord très pentue avec de gros blocs à passer, elle se fait ensuite plus douce afin de rejoindre le village.

crédit photo Philipp Reiter
crédit photo Philipp Reiter

crédit photo Philipp Reiter

9h49' - MARLA

 

80e km. 31e. Je prends le temps de me ravitailler. Je sais ce que j'ai à faire. Le contact avec les bénévoles est chaleureux. Ils sont aux petits soins. Chapeau à eux! Je suis impatient de découvrir Mafate. Je poursuis mon chemin en direction de la Plaine des Tamarins. Après la chapelle, le sentier traverse la ravine de Marla où je suis fortement encouragé par des locaux venus regarder le passage des coureurs. Les nuages menacent soudainement jusqu'au col des Boeufs. Quelques gouttes se mettent à tomber, j'hésite un moment avant de mettre un coupe vent. Ce que j'exécute finalement assez rapidement afin de ne prendre aucun risque. Un coup de froid est si vite arrivé. Je me félicite de cette action quand la bruine s'intensifie au col des boeufs. Le temps change si vite sur l'île. La descente en direction de la Plaine des Merles est assez facile. J'en profite pour dérouler tranquillement.

credit photo Philipp Reiter

credit photo Philipp Reiter

11h28' - SENTIER SCOUT

 

Je ne m'éternise pas et continue mon chemin en imaginant ce qui m'attend jusqu'au Maïdo. Sur le papier, l'enchaînement des difficultés parait terrible! Est-ce un avantage psychologique de ne pas connaître le terrain? 

 

A îlet à Bourse, km 97, l'accueil est fantastique. Je (re)rempli mes réserves en eau. La chaleur devient pesante. Et dire qu'il y a quelques minutes seulement, je m'abritais sous mon coupe vent de l'air humide. Peu avant ce ravitaillement, j'ai doublé deux très bons coureurs dans la descente. Je compte bien repartir d'ici avant qu'ils arrivent. J'entame une nouvelle descente. je traverse à gué le Bras d'Oussy où un raidillon escarpé m'attend. Je pousse fort sur mes cuisses. Mafate est beau, Mafate est GRAND ! J'atteins le poste de l'école primaire de Grand Place les Bas où je rejoins les deux coureurs expérimentés du Team Brooks. Là, ma course prend encore une autre dimension. J'hallucine de me retrouver avec eux, tout simplement. La chaleur est écrasante. Il fait plus de 30°c. Je trempe ma casquette saharienne dans une fontaine d'eau fraîche afin de rafraîchir ma nuque. J'en profite également pour rafraîchir les articulations, les aisselles, mes adducteurs, ... bref, partout où je peux refroidir mon corps. Il me semble important de prendre le temps de le faire à un endroit qui me parait être un début de tournant de la course. 

crédit photo Philipp Reiter

crédit photo Philipp Reiter

Je grimpe jusqu'à Grand Place les Hauts en face du Calumet Cap noir. Là, je négocie une descente périlleuse. C'est une pente sévère qui serpente en virages serrés jusqu'au Bloc, la fameuse Rivière des Galets. Après avoir traversé le gué de la Rivière des Galets, j'entame la montée de la Roche Ancrée. Il y a précisément 2000 D+ à monter à partir d'ici pour atteindre le sommet du Maïdo et sortir de MAFATE !!! L'ascension est raide et constante avec une succession de lacets serrés et de marches. La montagne a signé un pacte pour que l'homme ne puisse pas passer par là ! Au fur et à mesure de mon avancée, je surveille d'un oeil mes valeureux poursuivants pour faire régulièrement un état des lieux. Mais je n'aperçois personne. C'est bon signe, mon allure est bonne. Je mets du coeur à l'ouvrage. Progressivement, je perds de vue la Roche Ancrée, et me hisse jusqu'à Roche Plate. 1000 D+ de fait, 1000 D+ encore à faire!

credit photo Philipp Reiter

credit photo Philipp Reiter

15h23' - ROCHE PLATE

 

108e km - 22e. A l'école, j'accuse un peu le coup. Je pioche dans les assiettes à la recherche de bananes et repars aussitôt. Je ne veux pas couper mon effort. Quelques minutes passent, et je constate que ce dernier ravito me reste sur l'estomac! Que faire? Je n'hésite pas longtemps, et le régurgite. "Pas top", me direz-vous! Des randonneurs passent au même moment. Ils me demandent si tout va bien, je leur réponds l'estomac "libéré" que: "Oui"! Mon allure n'est pas si mal puisque je mets moins de 25' jusqu'à la Brèche. Mais la fatigue, cumulée à la chaleur, commence à se faire ressentir et je sens bien que mes jambes commencent à "couiner". J'assure un tempo du style "sauve qui peut", courbe l'échine, et espère que "l'orage" passera rapidement. Sans conteste, je traverse dans ce redoutable Maïdo mon premier passage à vide depuis le départ à Saint Pierre! Le sentier est encombré de roches où j'essaie de trouver la meilleure trajectoire. L'hélicoptère de Canal Grand RAID me reprend en chasse, et survole mes foulées durant encore dix bonnes minutes. La présence des journalistes au-dessus de ma tête me (re)booste et m'aide à serrer les dents une dernière fois avant de franchir le sommet qui signifie la sortie du cirque de Mafate. Là-haut, une foule incroyable m'applaudit. Je ressens la chaleur réunionnaise m'envahir, quel pied! Après une dizaine de minutes le long du rempart, je retrouve Carole pour mon plus grand bonheur. A ce moment là, si je souhaite que l'aventure continue, il faut se poser 5' et manger !!! J'en profite aussi pour changer de vêtements, la nuit approche... Je repars jusqu'au pointage, et m'enfonce dans la forêt des Tamarins.

A L'ASSAUT du GRAND RAID !

19h36' - MAÏDO TETE DURE

 

115e km - 25e. Il me reste 52 km à parcourir. Une totale inconnue pour moi. Jamais je n'avais réalisé autant de kilomètres sur une épreuve. La réaction de mon corps, tout comme la suite du parcours, seront une totale découverte! 

 

La première partie de la descente longe la paroi en direction d'Ilet Alcide et est entrecoupée de petites bosses. Puis arrive la forêt des goyaviers. J'ai le droit, face à l'océan, à un magnifique couché de soleil. Le spectacle est grandiose!

credit photo Philipp Reiter

credit photo Philipp Reiter

J'entame ma deuxième nuit. Je réalise une super descente, j'ai bien l'impression que la pause au sommet du Maïdo a été salvatrice. Mais peu avant l'école de Sans Souci mes yeux commencent à se fermer. C'est quasi impossible de lutter. La sensation est similaire à un conducteur au volant de son véhicule qui essaie de repousser en vain le sommeil. En parlant de voiture, j'ai mes premières hallucinations. Voilà que je confonds un tronc d'arbre avec un capot de véhicule. Oulala !!

 

A l'école Sans Souci, je retrouve mon assistante de choc. Je lui fais part de mon inquiétude quand à l'apparition du sommeil de façon totalement impromptue. Elle me dit: "Voilà Romain, tu es 22e!" De toute évidence je suis à un tournant de ma course. Soit je continue à faire MA course et je dors 20' mais à ce moment là, il faut oublier le TOP 20. Soit je repars aussitôt de ce ravito, et je commence à faire LA course pour envisager le meilleur. Dure décision tellement Morphée veut me prendre dans ses bras, mais je résiste et mon âme de compétiteur resurgit. Je me lève. Et repars. Non mais oh! On n'est pas là pour écouter chanter les oiseaux !!!

 

Je descends jusqu'à la Rivière des Galets. J'endosse momentanément un rôle d'équilibriste afin de franchir la dite rivière. J'ai le réflexe de tremper mes mains dans l'eau afin de me rafraîchir la nuque. Quelle bonne idée! L'eau fraîche me réveille d'un seul coup, je vais profiter de ce passage pour relancer sur les hauteurs du stade de Halte Là. La remontée du rempart au milieu des cannes à sucre jusqu'à la route de Dos d'Ane se fait laborieusement. Je pioche et je me fais violence pour relancer à chaque fois que le terrain m'en donne la possibilité. Je vire à gauche en direction de chemin Ratineau. Voilà le pire chemin que j'ai du emprunter. Je dois m'aider des lianes pour passer de rocher en rocher. Je joue à Tarzan. Je saute. Je m'agrippe. Incroyable! Cela passe en fin de compte pas si mal, et j'arrive à m'extraire de cet amas de rochers. Jamais je n'aurais imaginé qu'une course pouvait passer par un endroit comme celui-ci. A partir de maintenant, plus rien ne m'étonnera. 

 

Sur la section qui mène à la Possession je rattrape Jordi G.B. et Sangé S. Mon rythme n'est pas si mal au milieu de cette végétation serrée. A la Possession, je retrouve une grosse base de vie avec une ambiance réunionnaise digne de ce nom et Carole m'attend avec un sourire qui vaut facilement 10 gels énergétiques.

22h56' - LA POSSESSION

 

146e km - 19e. Le chemin des Anglais, même dans nos pires cauchemars, on est encore loin de s'imaginer ce foutoir! Une fois dessus, tu te demandes comment c'est possible d'avoir construit un truc pareil. Mes pieds et mes chevilles souffrent. Ces dalles de lave sont posées dans tous les sens. Les appuis sont délicats. Les dalles ont emmagasiné la chaleur de la journée et je sens qu'elle se dégage vraiment fortement. Qu'est-ce que ça doit être de passer ici de jour? Je trouve cette section interminable. La descente sur la Grande Chaloupe, je ne suis pas prêt de l'oublier.

 

Grande Chaloupe, dernière fois que j'aperçois Carole avant l'arrivée (si tout va bien). Cette fois, c'est la dernière étape, la montée sur le Colorado, puis la descente sur le stade de la Redoute à Saint Denis, le dénouement est proche.

 

Pour la première fois depuis le départ, je ne vais pas être seul. En effet, je rattrape un coureur et nous ferons toute cette dernière partie ensemble. Lui connait un peu le final. La première montée se fait sur un pavage inégal, un remake du chemin des Anglais en moins pénible. Je trouve la force de courir dès que la pente se veut moins raide jusqu'à Saint-Bernard. Une route nous mène vers les hauteurs de la ville. La dernière côte est pentue. Le sable me fait déraper à plusieurs reprises. Je pousse fort sur les cuisses, et donne toute l'énergie qu'il me reste. L'apparition du plat avant le dernier ravitaillement est un soulagement, je n'ai plus qu'à me laisser glisser jusqu'au Colorado. 

Samedi 22 octobre - 2h17' - COLORADO

 

162e km - 20e. Nous atteignons le poste de Colorado accompagnés d'une faible bruine, mais cela ne me dérange pas plus que ça. Je ne traine pas. Je cours vers la descente finale, j'ai juste à me laisser glisser. Le terrain est technique à souhait. J'aperçois le stade de la Redoute depuis les hauteurs ce qui me permet d'évaluer approximativement le temps de course restant. Je ne réalise presque pas ce qu'il va se passer. Et pourtant ...

 

J'imagine Carole impatiente de me (re)trouver sur le carré vert avec l'appareil photo à la main. J'imagine ma famille en train de vibrer derrière son écran. J'imagine tous les copains et les collègues de travail qui ont suivi la course depuis des heures. Il parait que mon mur Facebook est en "feu"! Toutes ces personnes, cela représente beaucoup pour moi.

 

Terminé les sentiers, j'atteins (enfin) la route avec mon compagnon de dernière heure. On pactise. On ne se fera évidemment pas la "guerre" sur la piste de la Redoute. On décide d'arriver ensemble, pour la beauté du geste, et de ce sport qui procure des émotions uniques!  L'ULTRA c'est ça!

 

Lorsque j'entre dans le stade, j'ai seulement conscience que je suis arrivé au bout d'une course MONUMENTALE, mais je ne prends pas (encore) la pleine mesure de mon classement, ni même de mon chrono. Cela me parait si irréel!! Et pourtant, je savoure chaque instant, chaque "dernière foulée" sur le sable rouge de cette piste mythique. Je franchis l'arche, main dans la main avec Vivien, ... je suis FINISHER en 29h12' à la 19e position. Wouah !!! Je suis comblé de bonheur. C'est indescriptible. Premier 100 Miles. Premier GRAND RAID, et donc pas le plus facile. Je me hisse dans le TOP 20 sous la barre mythique et tant espérée des 30h. Je fais une pierre deux coups. Ludo, le speaker, me félicite et mon regard croise celui de Carole. Une chaleureuse accolade s'en suit. Elle est là pour partager avec moi cet instant délicieux. Je l'ai fait. Médaille à la main, je me glisse sous l'arche et lui demande d'immortaliser le moment. 

 

Cette performance est aussi celle de Carole. Sans elle, et j'insiste là-dessus, je n'aurais jamais pu réaliser une telle course. Quelle équipe on a formé là! Incroyable. 

Bien entendu, elle est aussi celle de la persévérance et de la rigueur. J'avais à coeur de montrer qu'avec beaucoup de volonté, ... on peut, ... même avec une maladie handicapante au quotidien (et c'est parfois peu dire!), ... arriver à concrétiser ses rêves. Bien entendu, même au moment de prendre le départ de cette diagonale je n'avais imaginé ne serait-ce qu'une seule fois que je pouvais réaliser un truc pareil! Jamais! Je voulais juste prendre du plaisir et aller au bout de l'aventure. 

Aujourd'hui, j'ai sans doute trouvé une clé qui va peut-être (?) m'aider par la suite. En attendant, je savoure ...

 

Je dédie ma course à Carole, à mes parents, à mes (très) chers amis C. & L., à toutes les personnes qui m'ont suivi (et encouragé) de près et/ou de loin et qui se reconnaissent dans les valeurs fortes que j'essaie de véhiculer ...

Enfin, un dernier Big UP à Anne R. et son ami qui ont accompagné et aidé Carole sur les ravitaillements, une amitié est née!

A L'ASSAUT du GRAND RAID !

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 07:42
ITW Romain par MyVictories

Je vous présente la dernière ITW au sujet de mon projet: "Un crohn une montagne un défi: Vaincre les MICI !" 

 

C'est toujours aussi sympa de répondre à des questions afin de pouvoir mettre en avant ce défi. 

 

Merci à toute l'équipe de MyVictories pour le coup de pouce. 

 

Vous n'avez plus qu'à cliquer sur le lien ci-dessous.

 

Bonne lecture !

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